1. Grotesque brûlure de midi terreur verticale assèche le souffle raidit le cri dépouille l’écho de ses douceurs blancheurs écartelées faites acier au travers des veines pas d’issue dans la touffeur aveuglante reste l’absence ovale d’un visage fragmenté dans le soleil le vent tourne autour des lassitudes retournées à la lenteur mains refermées néant sous la peau aux fièvres ténébreuses pourquoi as-tu une réponse j’ignore jusqu’aux déraisons qui m’ensevelissent trop loin désormais la seule lumière qui ne fût pas blessante je me recroqueville tête entre les bras sans espoir pour t’abolir nuque offerte au tranchant de la lumière




    JC Heckers, 1993






  2. De soi-même pétrifié des mots coulent à viscosité de bave l’épouvante ayant conquis les marges du soir remuant bleu reptile autour du torse anneau incomplet du sommeil sans parfums pour mémoire respiration saccadée entre les larmes imprévisibles orages défaisant la certitude des baisers mensonges demeurent nudité confuse de toute parole insignifiante s’exhale désespoir opaque liquéfiant le souvenir de tendresses abandonnées au fond d’un caniveau l’amour finit toujours par trahir carcasses de chimères entravent la marche s’accumulent au fond de la gorge dormir devient un supplice et fermant les yeux il fait un peu plus clair l’aube d’une mort inachevable petite mort pesante sans rêves




    JC Heckers, 1993






  3. Tout rien sauf cet oubli tempêtes ajournées pour offrande au cœur des nuits pâles chutes lentes les mains pour repousser tremblement d’étoiles les flots lourds du ciel il faudrait peut-être ou pas renoncer aux chairs traversées de signes indistincts fragmentations de mots n’importe lesquels qui font juste râles d’agonie renoncer à vouloir en boucle englués à quoi bon se détourner des couleurs épaisses du soir coagulant le regard et retournant l’extase pour en faire un cri rejeter loin le spectre arc-en-ciel d’espoir sangsue et surtout ne pas demander pourquoi ce n’est pas une question polie puisque mourir est la réponse rien rien rien annuler sur le bûcher des mots ultimes désirs hors toute attente après le crépuscule flammes léchant les idiots soupirs d’amour



    JC Heckers, 1993






  4. Mots recourbés aux dernières nouvelles s’évaporent rendons grâce au mutisme aux nappes sombres des rires égorgés en plein soleil l’orage futur pour suaire siècles entortillés emmêlés en figures de carnages renouvelés nos mains déciment les horizons roses et ors de l’aube mort plus courte qu’un baiser court-circuitant le battement de paupières premiers rayons de soleil ont tranché la soie du sommeil mort en ombre sur un mur prière de ne pas connecter l’abîme essuyez vos pieds avant d’entrer dans les limbes




    JC Heckers, 1993





  5. Éclipses oblitérées la déraison croule lèvres entrouvertes fin du silence nuages refigurent explosions noires et blêmes la main se crispe égratignée foudres compactes picorent la paume tête rejetée en arrière et rictus de perpétuelle agonie au creux des bras tout vibre se volatilise en flammèches noires




    JC Heckers, 1993





  6. Tout est faux jusqu’aux sourires diffractés au travers de la torpeur orages vont et viennent leurs claquements ponctuent les mensonges les rires de circonstance les caresses offertes puis reprises ou l’impact à la nuque des baisers de biais qui ne laissent pas de traces ou bien une trace de mort lisse comme un souffle




    JC Heckers, 1993





  7. Retour de la faim arc-boutée regards traversés d’éclairs mauves à rebrousse-poil cris se répercutent le long des horizons calcinés regard avide écorche le petit jour sur le dos des dormeurs creuse dans la chair trace sur la peau – Ceci est un Avertissement – petite mort veille sur vos paupières




    JC Heckers, 1993





  8. Étoiles retournées odeurs moites de peau après orgasme fracas de mitrailleuses les yeux lancent des flammes à travers les miroirs dépeuplés là juste devant morts réfractées redoublent d’extases à genoux pour la fin de toute parole je t’aime sonne de nouveau comme une agonie lente entre les bras brûlants mais il n’y a pas d’amour juste ces mots coquilles verbales bonnes à jeter DERNIER ARRÊT AVANT OUBLI une main efface tout pour le mutisme




    JC Heckers, 1993





  9. Le silence collant à la nuque midi fébrile et pétrifié soleil de douleur au zénith écarte les lèvres des blessures midi comme un film image par image rouge sang bleu tuméfié en alternance ainsi semblable à un massacre l’horizon aboli tonnerres de vertiges laissent un goût de sueur sur la langue c’est doux salé un peu aigre comme une volupté subite fermer les yeux le soleil opère sa jonction avec le silence




    JC Heckers, 1993





  10. Dame des silences
    Dame des Aurores
    J’ai cru pouvoir aimer
    La belle Dame sans merci

    Et j’ai récolté le dédain
    Et aussi récolté l’oubli
    – La dame s’en était allée
    Le soleil avait fui.

    Désormais
    Cette peine de l’aube blême native
    Qui m’étreint
    Mieux que nulle amante, m’emporte çà et là,
    Consumant
    Les heures. Fracas de foudre qui explose,
    Et l’amour se désagrège en gouttes de pluie.



    Jean-Christophe Heckers, 14.11.1987




  11. Descellant la pâleur des mots
    dépouillant l’aube de ses voix
    d’écumes étoilées qu’efface
    un vierge soleil blanc

    Écrivant sans autre raison
    que d’inquiéter la douleur
    recroquevillée entre les bras
    de sa chaleur vermeille

    Posant un mot après l’autre
    comme on lance des cailloux
    dans l’eau calme et noire
    et grosse d’intenses mirages
    comme on compte des nuages
    au sein du souffle jamais apaisé

    Écrivant écrivant toujours
    à l’encre des crépuscules
    et des étoiles médusantes
    écrivant sans espoir ni tragédie
    (jusqu’à ce que se perde
    le reflet des songes dans la vitre calme)



    Jean-Christophe Heckers - 1990






  12. La seconde entr’aperçue

    Fragment

    Visage regard à peine
    ces yeux noirs

    Dans le plomb et sang du soir
    las de l’offense chaste du jour
    tranquille et bleu
    par degrés descendu sur les paupières

    Silhouette à peine

    Sillage certain
    bascule d’un instant
    aussitôt refermé

    Les nuages boivent
    les ultimes lueurs
    avec avidité


    *


    Dans le fourmillement du néant
    le silence en débâcle
    règne sur nos terreurs

    La vacuité s’épaissit
    dans le soir qui chute
    lenteur d’astres au couchant

    Et c’est un fracas de vertige
    roulant sur les nuits sans sommeil
    toutes les nuits qui se referment
    sur des ombres sans visage

    Une torpeur de givre
    frissonne dans l’inconclusible espace
    de nos silences aux remous noirs
    éclaboussés de néons

    Voici l’extinction de nos songes
    la clarté livide de l’oubli
    l’effacement de nos espoirs

    Les mots sont pantins désarticulés
    vacillant comme ultimes étoiles
    achevant leur course molle

    Sans délivrance
    de la lenteur avide
    ainsi nos mains se crispent
    sur un songe oublié

    Et c’est une fin des temps
    inachevée avant l’aube
    en suspens entre deux rêves insomniaques
    où bat le sang de tonnerres absents


    *


    De nouveau traverser une nuit
    de constellations défigurées
    à la course cliquetante

    Le froid mordant la main
    l’absence d’un soupir
    étire les heures creuses
    et le gel avale
    les étoiles qui chutent
    sous nos pas hésitants

    Plus loin le fleuve entraîne
    nos songes éteints
    et nos mains se crispent
    au fond des poches

    Mais oublions l’oubli
    des ténèbres piquetées d’argent
    qui pèsent sur les paupières
    retournons sur nos pas

    Sous l’arche d’un pont
    c’est la valse lente des tourbillons
    où se noient les lueurs
    scintillantes de nos espoirs
    dépecés et jetés à l’eau noire

    Nous parcourons une nuit
    sans fin et avide de ténèbres
    y frappe sans retenue
    la massue d’Orion

    Prions sans prier
    que jamais ne se referme
    sur nous notre néant

    Mais ses dents claquent
    disloquant les rêves pétrifiés
    engourdis de brouillard
    et de sourires vides
    nous saisissant à la nuque
    et nous secouant jusqu’à la mort
    des étoiles et de l’aube blessante


    *


    Dans l’ombre les miroirs
    chuchotent des paroles
    en labyrinthes
    calmement multipliés

    Nuit d’étoiles mortes
    depuis des éternités

    Le souffle se calme
    apaise les rêves
    indistincts encore
    émergeant du creux
    renouvelé du sommeil

    Draps froissés d’inquiétude
    forment des vagues livides

    De lointains échos
    se répercutent
    le long des façades
    indifférentes
    baignées de ténèbres
    et de flaques de la lumière jaunâtre
    des réverbères

    Ciel qui incurve sa course
    tandis que se déversent cataractes d’astres

    Indécision
    du sommeil
    qui se recroqueville
    hésite à se lover
    donne des coups de pieds
    dans le rien

    Sinuosités du vent
    des nuages se fracassent
    par dessus les toits

    Miroirs enfin tus
    silence infranchissable

    La nuit s’immisce
    entre les lèvres abandonnées
    plus lourde encore
    appuie sur la poitrine

    Mots enfin décomposés
    en unités d’images et d’odeurs
    en immémoriale animalité

    L’œil fou roule sous sa paupière
    engluée de larmes

    La nuit enfin dévore
    des millions de rêves
    dont des milliards de démons
    se disputent les carcasses

    Laissons faire
    le silence

    Bientôt
    il pleuvra sur l’abîme


    *


    Les larmes ont l’odeur du vent
    des étincelles s’envolent
    je crois
    mais ce ne sont peut-être que des étoiles
    la nuit devient
    élégie ininterrompue
    rythmée de reflets mouillés

    Je ferme les yeux
    voudrais battre en retraite
    vers le sommeil

    Il pleuvra peut-être :
    les nuages poursuivent
    un rêve vers l’orient
    à toute allure


    *


    Nuit

    Je me cogne aux mots
    comme le papillon à la vitre

    Battements d’ailes
    en panique

    …Ouvrir la fenêtre
    qu’enfin le chant s’envole



    Jean-Christophe Heckers, décembre 2002



Œuvres (in)complètes & autres insanités
de
Jean-Christophe Heckers
– procrastinateur depuis 1968