Grotesque brûlure de midi terreur verticale assèche le souffle raidit le cri dépouille l’écho de ses douceurs blancheurs écartelées faites acier au travers des veines pas d’issue dans la touffeur aveuglante reste l’absence ovale d’un visage fragmenté dans le soleil le vent tourne autour des lassitudes retournées à la lenteur mains refermées néant sous la peau aux fièvres ténébreuses pourquoi as-tu une réponse j’ignore jusqu’aux déraisons qui m’ensevelissent trop loin désormais la seule lumière qui ne fût pas blessante je me recroqueville tête entre les bras sans espoir pour t’abolir nuque offerte au tranchant de la lumière
JC Heckers, 1993
De soi-même pétrifié des mots coulent à viscosité de bave l’épouvante ayant conquis les marges du soir remuant bleu reptile autour du torse anneau incomplet du sommeil sans parfums pour mémoire respiration saccadée entre les larmes imprévisibles orages défaisant la certitude des baisers mensonges demeurent nudité confuse de toute parole insignifiante s’exhale désespoir opaque liquéfiant le souvenir de tendresses abandonnées au fond d’un caniveau l’amour finit toujours par trahir carcasses de chimères entravent la marche s’accumulent au fond de la gorge dormir devient un supplice et fermant les yeux il fait un peu plus clair l’aube d’une mort inachevable petite mort pesante sans rêves
JC Heckers, 1993
Tout rien sauf cet oubli tempêtes ajournées pour offrande au cœur des nuits pâles chutes lentes les mains pour repousser tremblement d’étoiles les flots lourds du ciel il faudrait peut-être ou pas renoncer aux chairs traversées de signes indistincts fragmentations de mots n’importe lesquels qui font juste râles d’agonie renoncer à vouloir en boucle englués à quoi bon se détourner des couleurs épaisses du soir coagulant le regard et retournant l’extase pour en faire un cri rejeter loin le spectre arc-en-ciel d’espoir sangsue et surtout ne pas demander pourquoi ce n’est pas une question polie puisque mourir est la réponse rien rien rien annuler sur le bûcher des mots ultimes désirs hors toute attente après le crépuscule flammes léchant les idiots soupirs d’amour
JC Heckers, 1993
Mots recourbés aux dernières nouvelles s’évaporent rendons grâce au mutisme aux nappes sombres des rires égorgés en plein soleil l’orage futur pour suaire siècles entortillés emmêlés en figures de carnages renouvelés nos mains déciment les horizons roses et ors de l’aube mort plus courte qu’un baiser court-circuitant le battement de paupières premiers rayons de soleil ont tranché la soie du sommeil mort en ombre sur un mur prière de ne pas connecter l’abîme essuyez vos pieds avant d’entrer dans les limbes
JC Heckers, 1993
Éclipses oblitérées la déraison croule lèvres entrouvertes fin du silence nuages refigurent explosions noires et blêmes la main se crispe égratignée foudres compactes picorent la paume tête rejetée en arrière et rictus de perpétuelle agonie au creux des bras tout vibre se volatilise en flammèches noires
JC Heckers, 1993
Tout est faux jusqu’aux sourires diffractés au travers de la torpeur orages vont et viennent leurs claquements ponctuent les mensonges les rires de circonstance les caresses offertes puis reprises ou l’impact à la nuque des baisers de biais qui ne laissent pas de traces ou bien une trace de mort lisse comme un souffle
JC Heckers, 1993
Retour de la faim arc-boutée regards traversés d’éclairs mauves à rebrousse-poil cris se répercutent le long des horizons calcinés regard avide écorche le petit jour sur le dos des dormeurs creuse dans la chair trace sur la peau – Ceci est un Avertissement – petite mort veille sur vos paupières
JC Heckers, 1993
Étoiles retournées odeurs moites de peau après orgasme fracas de mitrailleuses les yeux lancent des flammes à travers les miroirs dépeuplés là juste devant morts réfractées redoublent d’extases à genoux pour la fin de toute parole je t’aime sonne de nouveau comme une agonie lente entre les bras brûlants mais il n’y a pas d’amour juste ces mots coquilles verbales bonnes à jeter DERNIER ARRÊT AVANT OUBLI une main efface tout pour le mutisme
JC Heckers, 1993
Le silence collant à la nuque midi fébrile et pétrifié soleil de douleur au zénith écarte les lèvres des blessures midi comme un film image par image rouge sang bleu tuméfié en alternance ainsi semblable à un massacre l’horizon aboli tonnerres de vertiges laissent un goût de sueur sur la langue c’est doux salé un peu aigre comme une volupté subite fermer les yeux le soleil opère sa jonction avec le silence
JC Heckers, 1993
Dame des silences
Dame des Aurores
J’ai cru pouvoir aimer
La belle Dame sans merci
Et j’ai récolté le dédain
Et aussi récolté l’oubli
– La dame s’en était allée
Le soleil avait fui.
Désormais
Cette peine de l’aube blême native
Qui m’étreint
Mieux que nulle amante, m’emporte çà et là,
Consumant
Les heures. Fracas de foudre qui explose,
Et l’amour se désagrège en gouttes de pluie.
Jean-Christophe Heckers, 14.11.1987
Descellant la pâleur des mots
dépouillant l’aube de ses voix
d’écumes étoilées qu’efface
un vierge soleil blanc
Écrivant sans autre raison
que d’inquiéter la douleur
recroquevillée entre les bras
de sa chaleur vermeille
Posant un mot après l’autre
comme on lance des cailloux
dans l’eau calme et noire
et grosse d’intenses mirages
comme on compte des nuages
au sein du souffle jamais apaisé
Écrivant écrivant toujours
à l’encre des crépuscules
et des étoiles médusantes
écrivant sans espoir ni tragédie
(jusqu’à ce que se perde
le reflet des songes dans la vitre calme)
Jean-Christophe Heckers - 1990
La seconde entr’aperçue
Fragment
Visage regard à peine
ces yeux noirs
Dans le plomb et sang du soir
las de l’offense chaste du jour
tranquille et bleu
par degrés descendu sur les paupières
Silhouette à peine
Sillage certain
bascule d’un instant
aussitôt refermé
Les nuages boivent
les ultimes lueurs
avec avidité
*
Dans le fourmillement du néant
le silence en débâcle
règne sur nos terreurs
La vacuité s’épaissit
dans le soir qui chute
lenteur d’astres au couchant
Et c’est un fracas de vertige
roulant sur les nuits sans sommeil
toutes les nuits qui se referment
sur des ombres sans visage
Une torpeur de givre
frissonne dans l’inconclusible espace
de nos silences aux remous noirs
éclaboussés de néons
Voici l’extinction de nos songes
la clarté livide de l’oubli
l’effacement de nos espoirs
Les mots sont pantins désarticulés
vacillant comme ultimes étoiles
achevant leur course molle
Sans délivrance
de la lenteur avide
ainsi nos mains se crispent
sur un songe oublié
Et c’est une fin des temps
inachevée avant l’aube
en suspens entre deux rêves insomniaques
où bat le sang de tonnerres absents
*
De nouveau traverser une nuit
de constellations défigurées
à la course cliquetante
Le froid mordant la main
l’absence d’un soupir
étire les heures creuses
et le gel avale
les étoiles qui chutent
sous nos pas hésitants
Plus loin le fleuve entraîne
nos songes éteints
et nos mains se crispent
au fond des poches
Mais oublions l’oubli
des ténèbres piquetées d’argent
qui pèsent sur les paupières
retournons sur nos pas
Sous l’arche d’un pont
c’est la valse lente des tourbillons
où se noient les lueurs
scintillantes de nos espoirs
dépecés et jetés à l’eau noire
Nous parcourons une nuit
sans fin et avide de ténèbres
y frappe sans retenue
la massue d’Orion
Prions sans prier
que jamais ne se referme
sur nous notre néant
Mais ses dents claquent
disloquant les rêves pétrifiés
engourdis de brouillard
et de sourires vides
nous saisissant à la nuque
et nous secouant jusqu’à la mort
des étoiles et de l’aube blessante
*
Dans l’ombre les miroirs
chuchotent des paroles
en labyrinthes
calmement multipliés
Nuit d’étoiles mortes
depuis des éternités
Le souffle se calme
apaise les rêves
indistincts encore
émergeant du creux
renouvelé du sommeil
Draps froissés d’inquiétude
forment des vagues livides
De lointains échos
se répercutent
le long des façades
indifférentes
baignées de ténèbres
et de flaques de la lumière jaunâtre
des réverbères
Ciel qui incurve sa course
tandis que se déversent cataractes d’astres
Indécision
du sommeil
qui se recroqueville
hésite à se lover
donne des coups de pieds
dans le rien
Sinuosités du vent
des nuages se fracassent
par dessus les toits
Miroirs enfin tus
silence infranchissable
La nuit s’immisce
entre les lèvres abandonnées
plus lourde encore
appuie sur la poitrine
Mots enfin décomposés
en unités d’images et d’odeurs
en immémoriale animalité
L’œil fou roule sous sa paupière
engluée de larmes
La nuit enfin dévore
des millions de rêves
dont des milliards de démons
se disputent les carcasses
Laissons faire
le silence
Bientôt
il pleuvra sur l’abîme
*
Les larmes ont l’odeur du vent
des étincelles s’envolent
je crois
mais ce ne sont peut-être que des étoiles
la nuit devient
élégie ininterrompue
rythmée de reflets mouillés
Je ferme les yeux
voudrais battre en retraite
vers le sommeil
Il pleuvra peut-être :
les nuages poursuivent
un rêve vers l’orient
à toute allure
*
Nuit
Je me cogne aux mots
comme le papillon à la vitre
Battements d’ailes
en panique
…Ouvrir la fenêtre
qu’enfin le chant s’envole
Jean-Christophe Heckers, décembre 2002